L'Espagne choisit Pékin : un pari industriel qui divise l'Europe
Madrid intensifie ses liens avec Pékin pour attirer des investissements massifs dans les batteries et l'automobile, au risque de fragiliser l'unité commerciale de l'Union européenne.

Le rapprochement diplomatique entre Madrid et Pékin, marqué par les quatre visites du Premier ministre Pedro Sánchez en autant d'années, redessine le paysage économique espagnol. Alors que l'Union européenne durcit le ton face à la Chine, qualifiée de rival systémique, l'Espagne privilégie ses intérêts nationaux. Ce pivot se manifeste tant par une diplomatie culturelle active que par l'ouverture du marché ibérique aux géants technologiques chinois, une stratégie qui suscite l'irritation croissante de Paris et Berlin.
Au cœur de cette alliance, on observe un bond spectaculaire des investissements chinois en Espagne, qui ont doublé l'an dernier. Pékin semble avoir choisi la péninsule comme nouveau point d'entrée privilégié en Europe pour ses industries vertes. Des projets majeurs de « gigafactories » de batteries portés par CATL ou Hithium, ainsi que la relance de la marque automobile Ebro par le constructeur Chery à Barcelone, témoignent de cette volonté de localisation industrielle.
Cette stratégie de « cavalier seul » crée des frictions majeures au sein du bloc. La France et l'Allemagne prônent une approche plus agressive pour contrer un déséquilibre commercial qui atteint désormais un milliard d'euros par jour au profit de la Chine. En accueillant ces usines sur son sol, l'Espagne est accusée par ses partenaires de permettre aux entreprises chinoises de contourner les tarifs douaniers européens tout en affaiblissant la souveraineté économique collective.
L'incertitude géopolitique entourant les États-Unis pousse également Madrid à diversifier ses alliances. Face à une politique commerciale américaine jugée imprévisible et à une baisse des investissements nets en provenance d'outre-Atlantique, le gouvernement espagnol mise sur la fiabilité économique supposée de la Chine. Cette transition est soutenue par une opinion publique espagnole de plus en plus favorable à Pékin au détriment de Washington.
Toutefois, cette coopération s'aventure sur des terrains sensibles qui alarment les services de sécurité. L'attribution d'un contrat de 12,3 millions d'euros à Huawei pour la gestion de données judiciaires et l'intérêt pour les turbines éoliennes de Ming Yang — bloquées au Royaume-Uni pour des raisons de sécurité nationale — illustrent le dilemme entre pragmatisme économique et impératifs de défense européens.
L'impact immédiat est une accélération des investissements directs étrangers (IDE) dans les régions de Catalogne, de Navarre et d'Aragon. Le doublement des investissements chinois en un an témoigne d'un basculement structurel.
À long terme, cette divergence pourrait inciter d'autres pays du sud de l'Europe à rompre l'alignement franco-allemand, transformant l'Espagne en plateforme logistique majeure pour le commerce eurasien (via la ligne ferroviaire Yiwu-Madrid).
Secteur industriel espagnol — Bénéficie du transfert de technologie et de la revitalisation d'usines automobiles.
Valeurs à suivre : upFabricants chinois de CleanTech — Accès facilité au marché unique européen via une production locale en Espagne.
Valeurs à suivre : upCohésion commerciale de l'UE — Affaiblissement de la position de négociation face à Pékin en raison des accords bilatéraux.
Valeurs à suivre : downInfluence économique américaine — Recul de l'attractivité des investissements US en Espagne au profit de capitaux asiatiques.
Valeurs à suivre : downLes analyses d’impact sont fournies à titre purement informatif et ne constituent pas des conseils en investissement.