L'Inde multiplie les ventes de missiles dans l'Indo-Pacifique face à l'assertivité chinoise
Avec trois contrats de missiles BrahMos et Astra conclus dans la région, New Delhi s'impose comme fournisseur défensif face aux préoccupations croissantes sur la Chine en mer de Chine méridionale.

L'Inde a signé mardi un accord pour fournir ses missiles BrahMos et Astra à l'Indonésie, marquant son troisième contrat de ce type dans l'Indo-Pacifique. Les Philippines avaient été le premier acheteur en 2022, suivies du Vietnam en mai 2025. Le BrahMos, missile de croisière supersonique doté d'une capacité anti-navire développé conjointement avec la Russie, suscite un intérêt marqué auprès des pays disposant de forces navales limitées et devant défendre des territoires disputés en mer de Chine méridionale.
Selon des experts interrogés par CNBC, ces acquisitions sont motivées par la perception d'une menace chinoise croissante dans la région. Le missile possède une portée de 300 kilomètres et une vitesse extrêmement élevée rendant son interception difficile, constituant l'un des plus imposants et rapides disponibles actuellement sur le marché. Le seul missile similaire serait le YJ-12 chinois. L'Indonésie, bien que ne considérant pas la Chine comme menace sécuritaire primaire, entretient des différends avec Pékin concernant la zone de la mer de Natuna Nord.
Lundi, la marine chinoise a testé un missile balistique dans le Pacifique, geste attendu pour pousser les pays régionaux à approfondir leurs liens défensifs face à la puissance militaire chinoise croissante. Cette dynamique ouvre un espace pour l'Inde, perçue comme fournisseur transactionnel non aligné sur les grandes puissances et ne constituant pas une menace sécuritaire régionale. Les pays de l'Indo-Pacifique cherchent à établir des partenariats défensifs moins dépendants des États-Unis, rendant l'Inde viable comme partenaire et le système BrahMos attractif.
Malgré ces succès commerciaux, les exportations défensives indiennes demeurent modestes. Évaluées à 384 milliards de roupies (4 milliards de dollars) pour l'exercice clos en mars 2026, elles représentent à peine 1 % des 331 milliards de dollars de ventes d'armes américaines. L'Inde ne figure pas parmi les 25 premiers exportateurs mondiaux d'armement selon les données SIPRI 2021-2025, tandis qu'elle reste le cinquième dépensier militaire mondial et le deuxième importateur d'armes avec plus de 8 % des parts. Des contrats portant sur les avions de combat Tejas ou des frégates représenteraient des montants bien supérieurs à plusieurs commandes de BrahMos.
L'émergence de l'Inde comme fournisseur de missiles dans l'Indo-Pacifique illustre un repositionnement stratégique des alliances défensives régionales face à l'assertivité chinoise. Les trois contrats BrahMos signés avec Philippines, Vietnam et Indonésie témoignent d'une volonté de diversification des sources d'approvisionnement au-delà des États-Unis, tout en répondant à des besoins opérationnels spécifiques liés aux contentieux maritimes en mer de Chine méridionale.
Toutefois, malgré ces succès symboliques, l'Inde reste un acteur marginal du commerce mondial d'armement avec seulement 4 milliards de dollars d'exportations annuelles, soit 1 % des ventes américaines. L'absence de l'Inde dans le top 25 des exportateurs mondiaux et son statut de deuxième importateur d'armes (8 % du marché) révèlent un déséquilibre structurel. Pour devenir un acteur significatif, New Delhi devrait décrocher des contrats majeurs portant sur des plateformes complexes comme l'avion Tejas ou des navires de guerre, segments où la concurrence des puissances établies demeure intense.
La dynamique régionale profite actuellement à l'ensemble de l'industrie défensive face à une demande croissante d'armements sophistiqués. Les grands équipementiers occidentaux disposant de technologies éprouvées devraient bénéficier de cette escalade des dépenses militaires, tandis que l'industrie chinoise subit un effet de réputation négatif qui limite ses perspectives commerciales dans la zone.
▲ Industries de défense occidentales — La montée des préoccupations sécuritaires en Indo-Pacifique devrait stimuler la demande globale d'armements avancés, particulièrement pour les systèmes anti-navires et de défense aérienne, profitant aux grands équipementiers établis disposant de technologies éprouvées et de capacités de production à grande échelle.
Valeurs à suivre : Lockheed Martin · Raytheon Technologies · BAE Systems▲ Constructeurs navals régionaux — L'acquisition de systèmes antimissiles pourrait encourager les pays de l'Indo-Pacifique à moderniser leurs flottes navales pour intégrer ces armements, créant des opportunités pour les chantiers navals capables d'adapter ou de construire des plateformes compatibles avec ces systèmes de défense avancés.
Valeurs à suivre : Huntington Ingalls Industries▼ Industrie défensive chinoise — La perception croissante de menace chinoise dans la région limite les opportunités d'exportation pour les équipementiers militaires chinois vers les pays de l'Indo-Pacifique, ces derniers se tournant vers des fournisseurs alternatifs comme l'Inde ou les puissances occidentales pour équiper leurs forces armées.
Valeurs à suivre : AVIC · NORINCO · CSSC▼ Équipementiers sans technologies anti-navires avancées — La demande spécifique pour des missiles supersoniques anti-navires difficiles à intercepter pourrait marginaliser les fournisseurs proposant uniquement des systèmes conventionnels moins performants, ces derniers peinant à répondre aux exigences de défense face à des marines modernes et puissantes.
Valeurs à suivre : KongsbergLes analyses d’impact sont fournies à titre purement informatif et ne constituent pas des conseils en investissement.